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L'affaire DOLTO
 
 
Chronologie des faits (cliquez sur une date pour voir l'article)

17/03/2007 : Chronique de Edwige Antier sur France-Info
21/03/2007 : Article de Michel VAGNER dans L'est républicain
22/03/2007 : Attaque de Delphine Peras dans l'Express
29/03/2007 : Attaque de Caroline Eliacheff dans le Nouvel Observateur
29/03/2007 : Droit de réponse de Daniela Lumbroso paru dans le Nouvel Observateur
05/04/2007 : Réponse de Daniela Lumbroso dans l'Express
05/04/2007 : Le bloc note de Bernard-Henry Lévy dans Le Point (page 130)
06/04/2007 : Daniela Lumbroso répond aux internautes sur l'affaire Dolto

08/04/2007 : Article de Jacques Attali intitulé "Le biographe et le propriétaire" dans le JDD
06/2007 : Communiqué
10/09/2007 : Catherine Dolto est condamnée par le tribunal de police de Paris....
26/11/2008 : La 11ème chambre de la cour d'appel de Paris confirme son jugement.....
27/11/2008 : Le Parisien: Daniela Lumbroso gagne son procès...
 
Le biographe et les propriétaires

Daniela Lumbroso a publié récemment une biographie de Françoise Dolto, La vie d'une femme libre. Ce livre fait l'objet d'une violente polémique, les proches de la psychanalyste pointant des erreurs et des contresens. Jacques Attali, l'auteur d'Une brève histoire de l'avenir (Fayard) intervient dans la controverse.

Tout biographe a quatre ennemis : la famille de celui dont il raconte la vie, les spécialistes, les biographes professionnels et ceux pour qui le personnage est un héros intouchable. Quatre propriétaires jaloux de leur territoire.

Les premiers (conjoints, enfants ou descendants lointains) font tout pour garder le monopole du droit au souvenir, pour interdire à d'autres d'écrire sur celui qu'ils considèrent comme leur propriété, pour maquiller ce qui peut nuire à la légende familiale : tout écart sentimental, tout défaut, toute manie, toute faiblesse doit être censurée.

Les spécialistes défendent un autre territoire, celui de la compétence : ils ont consacré leur vie à une personne et à une oeuvre ; ils en connaissent les moindres détails et ne conçoivent pas que qui que ce soit puisse venir leur disputer ce monopole.

Les biographes professionnels, eux, considèrent qu'écrire des biographies est un métier, réservé à ceux qui les débitent à la chaîne, parce qu'ils sauraient mieux que personne comment aborder le récit d'une vie, quelles questions poser, quelle part d'imaginaire est tolérable, quel style s'impose.

Enfin, les adorateurs d'un personnage se scandalisent quand un biographe (venu de l'un des trois autres groupes de propriétaires ou d'ailleurs) se mêle de scruter les détails d'une vie, et en dénoncent les failles et les petitesses.

Bien des biographes de circonstance ont encouru ces critiques : Sartre avec sa biographie de Flaubert, Zweig avec celle de Marie-Antoinette, Renan avec celle de Jacqueline Pascal. Et tant d'autres, au départ décriés et dont les livres sont aujourd'hui considérés comme des oeuvres de référence.

Daniela Lumbroso, en écrivant la première biographie de Françoise Dolto, encourt toutes ces critiques : elle n'est pas de la famille, elle n'est pas une spécialiste, elle n'a jamais écrit de biographie ; enfin, le personnage dont elle vient d'écrire la biographie est une idole absolue.

Aussi, il ne faut pas s'étonner si, avant même la publication de son livre, les injures sont tombées comme grêle, venant de tous les propriétaires. La famille, qui se prépare à publier sa propre biographie, est furieuse d'avoir été grillée. Les psychanalystes raillent cette animatrice de télévision venue parler d'un sujet qui leur appartient. Les biographes professionnels enragent de ne pas avoir pensé avant elle à écrire la première biographie de la célèbre psychanalyste. Enfin, les inconditionnels ne supportent pas qu'on puisse émettre les moindres critiques.

Alors, pour la démolir, tout est bon : dénoncer les erreurs, le style, le point de vue, le vocabulaire. Certes, la biographie de Daniela Lumbroso n'est pas parfaite. Certes, elle n'a pas eu accès à tous les documents que la famille conserve jalousement. Certes, elle commet des erreurs, d'ailleurs mineures, en plusieurs endroits. Mais sa biographie est très documentée, vivante, facile à lire, mêlant, pas plus qu'il ne le faut, l'imaginaire et le réel. Et, surtout, elle constitue un acte d'amour adressé à celle qui sut si bien faire surgir les droits des enfants.

Et, pour moi, il suffisait qu'elle soit ainsi injustement critiquée pour que je m'insurge. J'espère que l'auteur ne sera pas découragé, qu'elle écrira d'autres biographies. Que d'autres encore, venus de nulle part, viendront considérer la vie des autres.

Rien ne vaut plus que les croisements, les rencontres improbables, les mondes inconnus et il serait si intéressant de lire d'autres biographies écrites par des gens venus d'ailleurs : imagine-t-on un Thomas Edison par Steve Jobs, un George Washington par Bill Clinton ou un Molière par Gérard Depardieu ?